mardi 14 mai 2013

Arthur Cravan





Sifflet

"Le rythme de l’océan berce les transatlantiques,
Et dans l’air où les gaz dansent tels des toupies,
Tandis que siffle le rapide héroïque qui arrive au Havre,
S’avancent comme des ours, les matelots athlétiques.
New York ! New York ! Je voudrais t’habiter !
J’y vois la science qui se marie
A l’industrie,
Dans une audacieuse modernité.
Et dans les palais,
Des globes,
Eblouissants à la rétine,
Par leurs rayons ultra-violets ;
Le téléphone américain,
Et la douceur
Des ascenseurs...
Le navire provoquant de la Compagnie Anglaise
Me vit prendre place à bord terriblement excité,
Et tout heureux du confort du beau navire à turbines,
Comme de l’installation de l’électricité,
Illuminant par torrents la trépidante cabine.
La cabine incendiée de colonnes de cuivre,
Sur lesquelles, des secondes, jouirent mes mains ivres
De grelotter brusquement dans la fraîcheur du métal,
Et doucher mon appétit par ce plongeon vital,
Tandis que la verte impression de l’odeur du vernis neuf
Me criait la date claire, où, délaissant les factures,
Dans le vert fou de l’herbe, je roulais comme un œuf.
Que ma chemise m’enivrait ! et pour te sentir frémir
A la façon d’un cheval, sentiment de la nature !
Que j’eusse voulu brouter ! que j’eusse voulu courir !
Et que j’étais bien sur le pont, ballotté par la musique ;
Et que le froid est puissant comme sensation physique.
Quand on vient à respirer !
Enfin, ne pouvant hennir, et ne pouvant nager,
Je fis des connaissances parmi les passagers,
Qui regardaient basculer la ligne de flottaison ;
Et jusqu’à ce que nous vîmes ensemble les tramways du matin courir à l’horizon,
Et blanchir rapidement les façades des demeures.
Sous la pluie, et sous le soleil, et sous le cirque étoilé,
Nous voguâmes sans accident jusqu’à sept fois vingt-quatre heures !
Le commerce a favorisé ma jeune initiative :
Huit millions de dollars gagnés dans les conserves
Et la marque célèbre de la tête de Gladstone
M’ont donné dix steamers de chacun quatre mille tonnes,
Qui battent des pavillons brodés à mes initiales,
Et impriment sur les flots ma puissance commerciale.
Je possède également ma première locomotive :
Elle souffle sa vapeur, tels les chevaux qui s’ébrouent,
Et, courbant son orgueil sous les doigts professionnels,
Elle file follement, rigide sur ses huit roues.
Elle traîne un long train dans son aventureuse marche,
Dans le vert Canada, aux forêts inexploitées,
Et traverse mes ponts aux caravanes d’arches,
A l’aurore, les champs et les blés familiers ;
Ou, croyant distinguer une ville dans les nuits étoilées,
Elle siffle infiniment à travers les vallées,
En rêvant à l’oasis : la gare au ciel de verre,
Dans le buisson des rails qu’elle croise par milliers,
Où, remorquant son nuage, elle roule son tonnerre."

Revue Maintenant n°1 (avril 1912)




Wikipedia

samedi 11 mai 2013

Vieira da Silva


©Marion Kalter

"Vieira da Silva, Maria Elena ou Maria Helena, née à Lisbonne le 13 juin 1908 et morte à Paris le 6 mars 1992, est une artiste peintre portugaise appartenant à l'École de Paris.
Son style pictural propose un espace qui combine réseaux et mosaïques dans des compositions aux perspectives fuyantes. Elle est considérée comme l'un des chefs de file du mouvement esthétique dit du paysagisme abstrait (...)



À la fin des années 1950, Vieira da Silva avait acquis une renommée internationale pour ses compositions denses et complexes, influencées par Paul Cézanne, avec ses formes fragmentées, ses ambiguïtés spatiales et une palette de couleurs restreinte issue du cubisme et de l'art abstrait. Ces linéaments empruntés au monde réel et intégrés à une pratique picturale de tendance non figurative constituent certains des éléments caractéristiques de la définition du paysagisme abstrait, mouvement plastique à la tête duquel elle s'est rapidement retrouvée.



Elle est considérée comme un des plus importants artistes de l'art abstrait d'après-guerre bien que sa peinture ne soit pas purement abstraite. Ses œuvres ressemblent souvent à des villes labyrinthiques ou même à des rayonnages de bibliothèque, allégories d'une quête éternelle de connaissance et d'absolu." (Wikipedia)






dimanche 21 avril 2013

Kenneth Kirschner





Kenneth Kirschner est un compositeur américain de musique contemporaine.
Quelque part entre le silence de John Cage et la répétition voyageuse de Morton Feldman, l'élaboration musicale de Kenneth Kirschner investit des expérimentations temporelles et sculptent des espaces sonores intrigants.
"Je ne suis pas au courant de tout ce qui se passe dans le monde de la musique pour piano, mais c'est sur l'héritage de Feldman que j'ai tendance à mettre l'accent de façon presque monomaniaque. Certes, un morceau comme Triadic Memories est extrêmement important pour moi, mais pour vraiment comprendre d’où je viens, allez jeter un œil au Piano and string quartet. Je l’ai entendu pour la première fois dans les derniers jours de 1993 et, aussi triste à dire que cela soit, je ne crois vraiment pas que j’aurai jamais de nouveau une telle épiphanie dans ma vie." (in Les idées heureuses)





Parfois improvisant, il laisse son inspiration comme des gouttes d'eau tombant d'une stalactite, note après note, se poser pour former un nappage humide qui résonne.
On parcourt un univers où chaque bruit, où chaque son s'installent si particulièrement qu'il faut toute son attention et sa vigilance pour ressentir la vibration du moment présent qui s'en va...




Kenneth Kirschner

jeudi 11 avril 2013

Winston Tong en studio







Winston Tong: "Theoratically Chinese" - Les Disques Du Crépuscule
Brussels 1984 with Alan Rankine, Jah Wobble and Niki Mono.
Film by Olivier Assayas.


The Crepuscule and Factory Pages

mardi 9 avril 2013

Don Pullen / George Adams - Saturday Night in The Cosmos









Vladimir Maïakovski





Ecoutez
(traduit du russe par Elsa Triolet)

Ecoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à quelqu’un nécessaires ?
C’est que quelqu’un désire qu’elles soient ?
C’est que quelqu’un dit perles ces crachats ?
Et, forçant
la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu’à Dieu,
craint d’arriver trop tard,
pleure,
baise sa main noueuse,
implore -
Il lui faut une étoile ! -
jure
qu’il ne peut supporter ce martyre sans étoiles.
Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d’être calme.
Il dit à quelqu’un :
« Maintenant, tu vas mieux, n’est-ce pas ?
T’as plus peur ?
Dis ? »
Ecoutez !
Puisqu’on allume
les étoiles -
c’est qu’elles sont à quelqu’un nécessaires ?
c’est qu’il est – indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins une étoile ?


"Écoutez : si on allume les étoiles...", poésies choisies et traduites par Simone Pirez, Francis Combes, Pantin, Temps des cerises, 2005.

Le Temps des Cerises

lundi 25 mars 2013

B/B/S/





Formé en 2012 à Berlin, B/B/S/ est un trio formé d'Aidan Baker (CA – Nadja, Whisper Room, ARC) à la guitare, Andrea Belfi (IT – David Grubbs, Hobocombo, Il Sogno del Marinaio) à la batterie et machines et Erik Skodvin (NO – Svarte Greiner, Deaf Center) à la guitare.
Le groupe fonctionne sur l'improvisation mêlant l'expérimentation de drones, la répétition ainsi que sur des ambiances libres teintées de psychédélisme.


the debut album "Brick Mask"






7" "Half Moon"







B/B/S/

dimanche 24 mars 2013

Roger Gilbert-Lecomte





LA SAINTE ENFANCE OU SUPPRESSION DE LA NAISSANCE

Je parlerai du noir
Poupée de porcelaine
Enfouie dans l’humus de la forêt oublieuse et traîtresse
Où dansent les squelettes en robes d’araignées
Des feuilles mortes en dentelles
Je parlerai du noir
Au souffle des cavernes
Dans la champignonnière aux yeux phosphorescents
Je parlerai du noir aux escargots noués
Je parlerai du noir
À la pluie à la suie
Au cercle d’eau de lune étale au fond du puits
Aux tonneaux qui roulaient dans la cave à minuit
Quand la dame blanche gémit
Je parlerai du noir
À l’envers des miroirs
Je parlerai du noir
De l’immortel tourment
Du plus vieux désespoir
Devant le monde absent
Alors qu’il fera blanc
Je parlerai de voir
Toujours en m’endormant
Cette femme endormie
Sur la terre en pleurant
Admirable tête de morte
Voilée de noir espoir d’enfance assassiné
Un mauvais regard bat des ailes
Près du lit vide ensanglanté
Il faudra pendre l’accouchée
Pour le crime ancien des limbes
Le mort-né retourné vers son lieu d’origine
Ne croira pas au jour menti par le soleil
L’air noir n’a pas souillé le seuil de sa poitrine
Sans que palpite sa narine
Sans que son œil s’entr’ouvre à l’atroce réveil
La vie reniée avant d’être
Il s’en retourne au lieu de naître
Par le fil qui relie le nombril au zénith
Aux sources de cristal des merveilles du vide



Roger Gilbert-Lecomte
LE MIROIR NOIR
Éditions Sagesse, Librairie Tschann, Paris, 1937.
Éditions Gallimard, Paris, 1977.





vendredi 22 mars 2013

Cannibal Movie



Cannibal Movie est un duo italien formé de Donato Epiro aux claviers et Gaspare Sammartino à la batterie.
Historiquement, les cannibal movies sont issus d'un genre cinématographique gore réalisés en Italie dans les années 70 et 80.
Ce n'est pas sans hasard que la bande son du groupe semble obscure et hypnotique sur fond de rythmes tribaux et entêtants.






Teinté d'un psychédélisme sombre, Cannibal Movie s'étend sur de longues plages sonores qui ne sont pas sans nous rappeler certaines formations allemandes telles Amon Düül mais aussi, par certains aspects, les claviers de Martin Rev dans Suicide.
Les effets sont multiples, parfois se destructurant en lenteur pour mieux reprendre de la vitesse. On n'arrête pas de se (dé)battre.







Cannibal Movie