jeudi 24 décembre 2015

Akpatok - Two Winters, Two Springs



Akpatok, projet de Dawid Adrjanczyk, vient de sortir, en cette fin d'année 2015, son deuxième album Two Winters, Two Springs sur Low Clouds Records.
Nous avions déjà eu l'occasion de présenter ce musicien lors de la sortie de sa première production, Through the spruce gate into the snowy forest (ici).
Voyageur au pays des drones, magicien expérimentateur, Akpatok réitère sur un chemin de longévité, en construction.



Two Winters, Two Springs est constitué de six compositions minimalistes.
Autour de Dawid Adrjanczyk (vielle à roue, cloches, gongs), nous trouvons Nina Adrjanczyk (cloches, gongs) ainsi qu'Adam Sobański (gongs).


l’Eau, l’Air, la Terre, le Feu.
Car les Eléments traversent de part en part les saisons, quelles qu'elles soient.
Elles se répètent année après année, siècle après siècle. Un commencement et une fin. Un cercle immuable du vivant. Perpétuel. Inconditionnel.
Two Winters, Two Springs détient cette alchimie et la porte comme un battement de cœur infini.

Artwork by Nina Adrjanczyk

Entre les éléments métalliques et percussifs, qui transportent la matière dans de profonds échos, et les vagues de cordes vibrantes et frottées, qui caressent l'atmosphère d'une mer de sable, Akpatok ouvre des portes de la perception. Antique et millénaire. Un fil d'Ariane. Un souffle. Des silences. Une humanité.

Akpatok
Nina Adrjanczyk Graphic Art

dimanche 29 novembre 2015

Arbre du Ténéré



Arbre du Ténéré est un duo italien de musique ambiant/cosmik/psychédélique formé du guitariste Maurizio Abate et du sound designer Canedicoda.

Historiquement, l'Arbre du Ténéré était un acacia qui se dressait, solitaire, dans le désert du Sahara (dans le nord-ouest du Niger), et était considéré comme l'arbre le plus isolé au monde avec, dans un rayon de 400 kilomètres tout autour, aucune végétation. Il constituait un point de référence pour les caravanes de chameaux qui traversaient cette zone aride.
En 1973, l'arbre fut abattu par un camionneur libyen ivre.


C'est en s'appropriant cette histoire et en lui offrant une mise en scène musicale que le duo réalise l'album La pelle del fantasma.



Musicalement, Arbre du Ténéré se présente comme un dialogue entre improvisations, semées de structures harmoniques, avec des sonorités ambiantes, des cascades et des tissages rythmiques.
La présence de l'Arbre se dessine dans leur musique voyageuse, traversant un désert de battements et d'échos pluriels.
Dans son processus de développement, l'album porte les vibrations d'une solitude lointaine.
Et le temps s'inverse sur des routes (é)perdues.
Une membrane fragile instille un courant imaginaire.
Dans l'espace, être happé entre nuit et brouillard. Sans cesse...




Holydays records
Maurizio Abate

dimanche 15 novembre 2015

Cello + Laptop



Cello + Laptop est un duo formé par Sara Galán (violoncelle) et Edu Comelles (electronics, field recordings).
Cette formation expérimentale a vu le jour à Valence en Espagne, il y a environ cinq ans.



Fruit d'une collaboration féconde, Cello + Laptop s'illustre par un dialogue entre l'instrumentation classique et le son protéiforme ambiant/électronique.
De nombreux enregistrements - la majorité en live - nous offrent une belle discographie, même si ces derniers n'ont pas de sortie physique.
En avril 2015 sort l'album Segments, petit chef d'œuvre du genre.


L'identité centrale se forge autour du violoncelle de Sara Galán : ses notes graves, solennelles, sont un chant de velours.
Le travail fin et ciselé d'Edu Comelles souligne avec beaucoup de justesse le son des cordes. Ses interventions sont subtiles, nuancées, sensibles.
On se laisse saisir par ce nouveau monde éclairant comme un appel bienveillant.

Un petit tirage CD (30 exemplaires sur papier japonais) avec 2 vidéos est disponible ici.
N'hésitez pas à découvrir le travail individuel des deux musiciens.


Cello + Laptop
Edu Comelles
Sara Galán

samedi 31 octobre 2015

Melisa



photo : Anna Kieblesz


Melisa est un trio polonais de musique noise core et bruitiste composé de Romanowski Mateusz (guitare & voix), Gawinecki Marcel (basse) et Stawarz Michał (batterie).
Jeune formation de Varsovie, elle vient de sortir, il y a quelques semaines, un puissant album, Dla Melizy.



Composé de 12 pistes relativement courtes, Dla Melizy est un projet tout en relief qui joue sur les contrastes et instille de nombreux décalages.
Batterie débridée, guitare bruitiste et basse fuzz lourde produisent une alchimie électrique et bouillonnante.



Melisa

dimanche 23 août 2015

Jean-René Mourot / Bruno Tocanne



"Chroniques de l'imaginaire" est le nouveau projet du duo Jean-René Mourot (piano) et Bruno Tocanne (batterie).
Enregistré fin août 2014, cet opus de 8 morceaux met en scène deux musiciens exceptionnels.



Jean-René Mourot, pianiste agile, sensible, vigoureux, est doué d'une ouverture et d'une écoute hors-pair.
S'illustrant dans des compositions libres et rigoureuses, voyageant dans une musique moderne et vivante, conjuguant jazz et esprit contemporain, il nous amène sur des chemins surprenants. Quelle surprise d'entendre le toucher d'un Bill Evans rencontrant l'âme d'un Robert Wyatt!

Bruno Tocanne, batteur libre aux rythmes (dé)posés, méticuleux et attentif dans ses dialogues, cultive avec amour son jardin. Il souligne et prend soin des échanges avec le piano. Il donne et est à l'écoute.
Pas de surcharges, ni de fioritures. Il apporte une véritable dimension à l'instrument qu'est la batterie en lui donnant vie, avec des battements de cœur.


Le fruit de ce duo improvisé, Chroniques de l'imaginaire, est un disque touchant, rare, émouvant.
On est traversé par sa sincérité et elle laisse, en nous, une trace.
Une nouvelle très belle production du label Momentanea qui commence à se constituer un beau catalogue.
Un disque à découvrir d'ici quelques jours et chaudement recommandé par l'équipe de Vers du Silence.

Chroniques de l'imaginaire

mardi 28 juillet 2015

Cober Ord



Cober Ord est un duo de musiques rituelles et extrêmes formé par Yan Arexis et Yann HA.
C'est en 2012 que ces expérimentateurs débutent cette aventure singulière.
Pour ce faire, ils s'entourent d'une plateforme d'instruments et d'objets (gong, guitare, lapsteel, objets, instruments handmade, pédales d'effet...) conjuguée à une expression vocale (cris, chant diphonique, chuchotement...).
C'est une action d'envoûtement massive, un cri primal qui redonne au verbe urbain son sens primitif !
En 2014, sort "Le Revers du Soleil", leur premier album.


Même si Cober Ord peut être situé à un carrefour de genres, il n'en garde néanmoins une identité vive, aussi bien musicale que visuelle.
Sur "Le Même Arbre Se Répète", on perçoit une tension commune avec les allemands d'Einstürzende Neubauten ou encore sur "Sortiarius" avec les américains de Swans...
Ce binôme exaltant ouvre des portes. Où la façon d'envisager le futur est unique. Où la manière d'extraire le présent est puissant.


"Notre musique est une musique underground faite d'expérimentations, d'essais. Parce que seule la musique underground est en phase avec son temps. C'est une musique de réaction ET de construction. Contrairement au mainsteam qui n'est qu'une musique d'exploitation".



Cober Ord

dimanche 26 juillet 2015

Deep



Deep est un duo allemand formé par Stefan Vetter et Bernd Spring, deux bassistes.
Ayant débuté en 1993, cela fait donc vingt ans que cette formation underground trace son sillon.
Munis de leur basse, Stefan et Bernd s'entourent de machines, de boites à rythme et de pédales d'effet. On oscille entre des nappes lourdes, sortes de drones, et des climats beaucoup plus agités et plus bruitistes.



Tout au long de leur parcours, Deep a évolué en s'orientant parfois vers la musique industrielle tout en retournant à des zones de vol plus nuancées, plus mélodiques.
Le calme avant la tempête : comme le relief changeant des montagnes, les morceaux passent de longues plaines pour s'envoler vers des hauteurs aux cimes accidentées.




A leur actif, plusieurs albums et singles, souvent de petits tirages.
A noter que Bernd s'occupe d'un label, Dhyana Records, où l'on trouve une très grande partie de la production du groupe.

Deep
Soundcloud

jeudi 9 juillet 2015

Transmission 13 - Transition



En ce début juillet 2015, voici donc la quatrième référence d'[A...]utoprod, label magistralement porté par Laurent Rauner aka [A...] Soundz Projekt !
Pour cette nouvelle sortie, nous allons à la découverte de Transmission 13.
Originaire de Manchester UK, T-13 est le projet de l'énigmatique Mozz, compositeur d'ambiances aux touches vibrantes et aux cordes sensibles.


Cet EP 4 titres, "Transition", est une petite perle.
Les morceaux se tendent la main, entre electronica et ambiant, et se promènent en nous avec des élans vierges, sans mémoires... Il y a de l'introspection dans ce disque-là, comme on le perçoit chez Vini Reilly ou Labradford. D'ailleurs, y faire référence n'est pas dû au hasard. C'est le propre d'artistes qui façonnent des musiques derrière la mélancolie ou dans une pointe de lumière qui s'efface progressivement.
Enfin, on ne pourrait pas faire l'impasse sur la pochette et la griffe d'[A...]utoprod, minimale, poétique et sans fioriture !
Ecoutez les 4 titres ci-dessous...
Définitivement, ce disque est incontournable.

Appollo 13


Tangled and wild


Shipping forecast


Spherical air


[A...]utoprod

samedi 13 juin 2015

Akpatok


Photo : Patryk De

Akpatok est le projet de Dawid Adrjanczyk, musicien polonais. Chercheur de sons, expérimentateur, cet artiste nous propose une longue visite méditative et une exploration de mondes parallèles.


Son premier album, Through the spruce gate into the snowy forest, est composé de trois morceaux - trois longues compositions à plusieurs strates - entre calme sonique et harmonie méditative.
Ce travail sonore, minutieux et précis, n'est pas sans rappeler les précurseurs du genre, à savoir Terry Riley ou La Monte Young.
Continuellement variable, inconstant et perpétuel en même temps, cette voie unitaire aux multiples facettes ouvre un chemin infini vers un royaume rempli par l'amour du vide.




Dawid Adrjanczyk coopère également avec The Magic Carpathians et Toundra, projet qu'il mène avec sa femme Nina.
C'est une réelle et excitante découverte que ce premier disque.
Hypnotique et envoûtant, l'élan profond de ces plages touchent l'âme...

Dawid Adrjanczyk

dimanche 17 mai 2015

Shaun Robert - atavistic envelope



Shaun Robert est un artiste britannique (Bath) qui intervient dans de nombreuses disciplines artistiques comme la musique, l'infographie ou encore le collage et le dessin.
Très investi dans ces différents domaines, il parcourt, avec la matière sonore, une ligne directrice définie par le modelage et l'expérimentation.
Influencé par la musique électronique, contemporaine et industrielle, Shaun Robert aime à porter l'auditeur vers des contrées futuristes, aux paysages vernis d'un camaïeu bruitiste et aux contrastes saisissants.
En cette année 2015, le jeune et talentueux label [A...]utoprod édite un très beau EP 4 titres de Shaun Robert, atavistic envelope.



Le premier morceau, Dialectics, est une grande orchestration magnétique où s'enchevêtrent des machines synthétiques énigmatiques. Une belle trame conduit l'ensemble, telle une pluie de vents.
Entr'acte prend la suite. Ce deuxième morceau est le monologue du cyclope : une voix d'outre-tombe gémissante et lourde provenant d'une crypte lointaine. Un ovni sur cet EP. En fermant un peu les yeux, on se retrouverait aisément dans ce film mythique de Don Chaffey, Jason et les Argonautes.
Avec envelop, l'avant-dernier morceau, on navigue dans une fusion élémentaire. Une pièce organique où se promènent les éléments, l'infiniment petit et l'infiniment grand.
Enfin, atavist quatrième et dernier morceau, à la fibre nerveuse et métallique, de facture indus et fait écho à l'univers de Throbbing Gristle/Psychic TV.



Le graphisme de la pochette recto/verso est signé Shaun Robert.
Sur les rives des musiques expressives et expérimentales, cet électron libre a cette grande qualité d'être à l'image de ses rêves : authentique.


[A...]utoprod
Shaun Robert

Ce CD tirage limité est disponible auprès de Laurent Rauner
([A...]utoprod) : laurentrauner@yahoo.fr


dimanche 26 avril 2015

Niski Szum



Niski Szum est le projet de Marcin Dymiter, musicien et chanteur polonais.

Ayant expérimenté l'électronique, le field recording et le travail d'ambiance pendant des années, Marcin Dymiter installe un décor amovible, progressant sous des variations mystérieuses - compositions en décompositions, vagues haletantes aux sourires langoureux - déposant une potion musicale transcendante.





A son actif, deux albums somptueux : "Songs from the woods" (2011) et "Siedem pieśni miejskich" (2013).
Une poésie du son, une approche originale, intime et fascinante lient ces deux disques.
La présence d'Olga Hanowska au violin sur le second album renforce l'éclat miraculeux des morceaux.
Dans ces moments de magie, l'émotion se perd dans l'océan, libre.




Niski Szum

jeudi 23 avril 2015

Jacob THOMAS Jr



Jacob Thomas Jr. est un auteur/compositeur/interprète américain de country folk.
Originaire de Louisiane du Sud et ayant grandi au cœur du pays Cajun, ce jeune artiste est équipé d'une guitare acoustique et de sa voix : c'est dire s'il fait penser à ces folksingers qui roulent leur bosse dans les bars à cowboys ou dans les saloons.
Simple et dépouillée, son interprétation transporte une fragilité dans les cordes (vocales) et les rythmes dépoussiérés.



Après quelques expériences de groupe, Jacob Thomas Jr. nous offre un premier album intime, simple, sobre et direct : "Original sin" est une étoile dans la nuit américaine.
Pas de production à en mettre plein la vue, l'écoute doit être attentive et rêveuse pour se laisser conquérir.
Une belle découverte dans le way of life américain dépérissant.
Vivement recommandé !




Jacob THOMAS Jr

lundi 6 avril 2015

METZENGERSTEIN



Metzengerstein est un trio italien (Toscane) qui nous vient de nulle part ! Enfin, si...
Tel un carrefour d'influences identifiables - du psychedelia au krautrock en passant par la repetitive music et la transe - Metzengerstein s'attarde dans des océans de bruits habillés d'écumes vaporeuses et millénaires.
Issu de la riche et créative scène underground italienne, beaucoup trop méconnue, ce trio émane d'un collectif artistique, l'Ambient-Noise Session.




Après un premier album magnifique, Albero Specchio sorti en 2013 sur le label américain Sonic Méditations en cassette audio (aujourd'hui épuisée) et réédité en vinyle par le label italien [HARSH], sort en cette année 2015 sur YEREVAN TAPES, Alchemy to our days.



Subtile alchimie, dialogue entre un monde originel et magique, partez à la découverte de Metzengerstein, un trio aux lueurs contrastées, tantôt claires, tantôt obscures mais toujours éclairées !


METZENGERSTEIN

dimanche 22 février 2015

Fred SIGNAC


Paru courant octobre 2014, ce une nouvelle fois via Dinosaurs, structure gérée par Pascale-Jeanne Morrisseau, "La preuve du contraire" est le sixième opus de Fred Signac.


Fred est quelqu'un de précieux, de rare... Loin des sentiers battus, il sculpte ses chansons comme un artisan, sans posture, sans imposture... Au fil du temps et des albums, il a peaufiné son art et ses compositions.
Afin de mieux cerner le personnage, un bref survol de son parcours pourrait s'avérer utile pour qui n'aurait pas encore eu l'occasion de l'écouter. Fred a débuté sous le nom de Dimanche Désuet, le temps d'un 45 Tours, La couleur de l'or salué à l'époque par Les Inrockuptibles et bien d'autres encore...
Il officiera ensuite sous son propre nom et composera plusieurs albums, tous sortis en format CD et tous, sauf le premier, encore disponibles à ce jour :

(1) Le liquide allumé (2000)

(2) Si j'ai les mains qui tremblent (2002)

(3) Un ouvrier chante (2005)

(4) Le monde comme cendrier (2010)

(5) La force et la tendresse (2012).



Après autant de disques réalisés, il apparait évident qu'une rétrospective s'impose.
Voilà donc déjà quinze années que Fred Signac nous ouvre son cœur et nous propose des œuvres délicatement ciselées...
Enfant du rock, du folk, du blues (le Velvet, Bob Dylan, les Stooges, Suicide, Nick Cave, les Jesus And Mary Chain, Sonic Youth...), bercé par la chanson made in France (Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Alain Bashung, Gérard Manset, Taxi Girl, Jean-Louis Murat, Dominique A ...), Fred fut évidemment influencé par ses idoles. De celles-ci, il a hérité l'éclectisme qui donne à la création la saveur de l'inconnu, le goût de la prise de risques, l'odeur du sang de la purge. Se révéler dans la pluralité des facettes qui font de lui un chanteur unique, voilà ce que Fred réussit à merveille. La diversité de ses chansons en témoigne. Toutes interprétées dans la langue de Molière, les compositions de Fred sont souvent purement et simplement dans la même veine que la plus traditionnelle des chansons françaises comme Sur un parchemin (4). Elles peuvent parfois être purement rock, comme l'enflammé et grandiose En attendant Bergheaud (1), quelquefois plus folk et intimistes, comme ces suaves et entêtantes ballades que sont Le monde comme cendrier (4), l'excellent Trois fois Jérusalem (4) et le langoureusement magique Diatomée (4), voire bluesy parsemé de jazzy comme J'creuse dans une mine ou Une vie à brûler (3).
Au fil des ans donc, nous avions pu nous familiariser avec un répertoire capable de nous emporter vers des contrées musicales et littéraires flirtant avec le risque, la nouveauté, la poésie, l'abstrait, et se refusant à la facilité de la redondance.
Nous avions également pu nous rendre compte du fait qu'on n'entame pas l'écoute d'un album de Fred sans être prêt à donner de sa personne, s'investir, s'y plonger, corps et âme, car, même si les titres qui le composent sont souvent rythmiquement très entrainants, même si leurs mélodies sont avenantes, la pulsation enivrante, on ne peut en savourer toute leur quintessence qu'en en écoutant attentivement les paroles.
Pas de forme sans fond.
En ce qui concerne l'écriture donc, Fred est épaulé, ce depuis les premiers pas de sa carrière musicale, par les talentueux Joël Rodde et Jean Gonzalez. Amis depuis leur enfance, ils conjuguent leurs talents et nous offrent systématiquement une qualité d'écriture irréprochable : chaque mot est pesé, chaque idée est taillée, polie, telle une gemme de la langue française.
Parfois, leurs mots racontent des histoires. D'autres fois, ils décrivent merveilleusement bien des émotions. Toujours, ils font mouche et rendent la prose belle, riche et nuancée. C'est ainsi le cas, par exemple, en ce qui concerne l'hypnotique Tu brûles (3) ou la géniale pop song, à la Jesus And Mary Chain période Darklands, Café du Pic (3).Chanté et mis en musique par Fred, le texte de celle-ci, signé Joël Rodde, nous narrait magnifiquement un fait divers sur fond de guitares lumineuses et boîte à rythmes, approche musicale et littéraire pas très éloignée ici du Centre Commercial d'un autre de nos talents hexagonaux, Bertrand Louis.



Si la qualité d'écriture des paroles de Fred est indéniable, celle de la création musicale l'est également.
Fred a composé la quasi-intégralité de son répertoire et ce n'est que depuis son cinquième album qu'il s'est fait aider dans cette tâche par sa pianiste Dominique Kovacs (J'en ai assez).
Côté musique encore, et ce depuis les débuts de l'aventure, on notera l'omniprésence de l'excellent guitariste et concepteur sonore Christophe Jouanno, ex-Bianca, ainsi que la portée de sa contribution à la qualité, la créativité et l'enrichissement des grandioses mélodies et arrangements qui accompagnent le chant incomparable de Fred Signac, comme sur le sublime et très gainsbourien C'est un fleuve(2) ou sur la magnifiquement belle introduction post-rock de Le vent des ondes sur la prairie (5).



Mais nous voici donc fin octobre 2014, La preuve du contraire vient de sortir.
Toujours admirablement entouré, Fred nous surprend une nouvelle fois.

On est tout d'abord charmé par la splendide pochette de ce nouvel album. Elle est signée, comme celle du précédent, Gianni Villa.
De prime abord, elle m'a fait un peu penser à celle du Love on the beat de Serge Gainsbourg. Elle m'a également rappelé un style vestimentaire que les Cure et Tricky adoptèrent un temps. Bref, Fred est maquillé et habillé d'une robe, telle une femme. Intriguant...

Sorti de son écrin et posé sur la platine, le disque interpelle dès sa première écoute par sa densité et la profondeur qui en émane.
On constate qu'il est très riche, luxuriant musicalement, comme toujours avec Fred, et donc qu'au fil de cette déjà belle discographie le mordant du poète, l'abandon de soi dans cette transe littéraire ne cessent de s'affiner.
Ainsi, Fred se livre toujours un peu plus. Chacun de ses albums le dévoile davantage, sous toutes les coutures...
Tantôt fort, tantôt fragile, mais le plus souvent les deux à la fois, colosse aux pieds d'argile, Fred nous dévoile son humanité. Il a le courage et la force de ne pas réprimer sa sensibilité, son émotivité, d'oser exposer la faille. Fred la connait fort bien, cette preuve du contraire, cette ambivalence. Pas étonnant qu'il puisse si bien la mettre en musique. L'homme mûr qu'il est devenu peut merveilleusement décrire les multiples contours qu'elle revêt, soumise aux aléas de la vie...
Avec lui, pas de posture, donc pas d'imposture, avais je dit plus haut...
Ainsi, il parle vrai comme l'ouvrier qu'il fut, transcendé par l'amour, la famille, les amis, la vie, la lutte, l'érudition à travers la littérature et la culture dans son ensemble...
Tout d'abord sur le grandiloquent La preuve du contraire qui donne son titre mais aussi son ton à l'album, construit sur une alternance entre calme et tempête, tendresse et violence, tant dans le verbe que dans le son.
Puis sur l'intégralité de cette nouvelle galette, Fred et sa poésie nous émeuvent...
Il se montre également une fois de plus capable de composer des morceaux à l'allure tubesque, comme, par exemple, Pour un poème. Véritable coup de maître, éclatant et accrocheur, ce titre séduit immédiatement et fait partie, selon moi, du moment fort de l'album, à savoir quatre titres successifs à vous couper le souffle.

Le premier, Ces mots que je voudrais te dire, est une tirade de 2 minutes 33 secondes durant laquelle Fred, admirablement accompagné au piano par les doigts de fée de Dominique Kovacs, nous révèle une nouvelle facette vocale, un ton gouailleur qu'on ne lui connaissait guère jusqu'alors, pas très loin de celui d'un Thiéfaine qui harangue et nargue l'auditeur, façon titi non parisien, fier et superbe...
Vient ensuite le manifeste acide Je n'irai pas demain, émouvante purge de l'âme, imagée et subtile, révolte dans ses plus beaux atours de ballade rock symphonique. Grandiose...
A peine remis d'avoir pu approcher une telle grâce, encore un peu sous le choc, subjugué, on ne se doute toutefois guère qu'on n'est pas au bout de ses surprises... Arrive en effet le précédemment évoqué Pour un poème, titre capable de conquérir immédiatement le cœur de l'auditeur, de déplacer les foules, qui sera sans nul doute un must lors des concerts futurs, idéal morceau de rappel également... Superbe...
Bloc-notes enfin, très classieux, doublé cuir, débute comme un morceau de L'Histoire de Melody Nelson pour mieux bondir ensuite quelques 25-30 ans plus tard et côtoyer le meilleur de Bashung.
Ici, comme sur l'ensemble de ce sixième album, merveilleux d'osmose et de subtilité, Fred et son crew n'imitent toutefois pas les idoles, ils reprennent en quelque sorte l'histoire là où elle s'était arrêtée... Leurs référents, ils en ont fait leurs pairs, des camarades, non des geôliers...

Avec La preuve du contraire, Fred Signac signe, selon moi, son disque le plus abouti jusqu'ici...
Pour ce nouveau long format, pour toutes ces années de partage et celles qui restent à venir, pour sa voie, pour sa voix, il mérite notre plus profond respect... Merci Fred...

Laurent RAUNER


NB : Pour ceux qui aiment visualiser leur musique préférée, il y a un fabuleux triptyque à ne pas rater. Mise en images par Eric Signor, qui, un temps, fit partie du line-up accompagnant Fred, cette très belle réalisation permet de visionner Les plages longues, Le vol de l'aigle et le sus-cité Je n'irai pas demain.



Fred SIGNAC

samedi 21 février 2015

SQÜRL



Trio new-yorkais fondé en 2009, SQÜRL est formé par Carter Logan, Jim Jarmusch et Shane Stoneback.
Jim Jarmusch, cinéaste de référence, avait déjà officié au sein de la vague No Wave avec The Del-Byzanteens.

De retour avec SQÜRL, formation aux guitares noisy, trempées sauce Velvet Underground ou Jesus & the Mary Chain, aux tempos réchauffés, il s'en donne à cœur joie, sans complexe, ni timidité.



Feedback, loop revenant et partant, le costume aux bruits de mille feux scintille dans la pénombre.
Bande son désertique, elle nous inonde au plus profond de l'oreille interne. Et puis, le feu sonique !




A écouter, cette puissante et lente reprise de Ocean du Velvet Underground.



SQÜRL

Alexander VON SCHLIPPENBACH



"Alexander von Schlippenbach est un pianiste allemand né à Berlin en 1938.
À l'âge de 8 ans, il commence à jouer du piano et entre à la Staatliche Hochschule für Musik de Cologne.
En 1962, il joue avec Gunter Hampel et Manfred Schoof.
Après ces deux expériences jazz et Musiques Improvisées, il intègre le trio de Peter Brötzmann en 1965.
En 1966, il forme le Globe Unity Orchestra."



"[...]À cette époque, ce genre de musique est perçu comme un renouveau total, un souffle de liberté et pour les musiciens qui participent à ce mouvement, une nouvelle forme d'art et de performance.
Il participe à la création du label Free Music Production. Ce label est considéré aujourd'hui comme un des précurseurs du free jazz européen et celui qui a lancé parmi les plus grands musiciens européens.
En duo avec Sven-Åke Johansson, ils sortent des disques régulièrement depuis 1976, en général d'improvisation totale. Il forme un trio depuis plus de trente ans avec le saxophoniste Evan Parker et le batteur Paul Lovens."




"En 1989, sort le premier disque de la Berlin Jazz Contemporary Orchestra, second projet de Big Band, réunissant les grands improvisateurs de la scène européenne. Contrairement au Globe Unity Orchestra, c'est un projet axé plus sur la composition et la façon d'intégrer l'improvisation avec la direction d'orchestre.
Un des derniers disques qu'il a sorti est un hommage à Thelonious Monk où il reprend tous les morceaux de l'artiste. C'est un triple disque sorti chez Intakt Records, s'appelant Monk's Casino." (Source : Wikipedia)



Alexander von Schlippenbach

mardi 17 février 2015

Abul MOGARD



Abul Mogard est un compositeur contemporain serbe de musiques électroniques et synthétiques. Travaillant les sons depuis son départ à la retraite, cet ex-ouvrier d'usine s'est lancé dans une quête personnelle.

Influencé par l'environnement industriel de l'usine et urbain de Belgrade, Abul Mogard crée sa musique, errante, industrielle, électromécanique, fantomatique...

Il est spectateur/auditeur du monde qui l'entoure.

Attentif aux bruits, aux sources sonores et à la mémoire des lieux, sa musique se révèle comme la conséquence de son histoire. C'est l'explorateur introspectif de ses émotions.



Avec deux albums à son actif, d'abord en 2012, "Abul Mogard" puis en 2013, "Drifted Heaven", tous deux sortis sur l'excellent label VCO Records, Abul Mogard dévoile son univers.

Productions tirées à peu d'exemplaires, ces albums sont cependant écoutables et téléchargeables sur la toile.




A noter, le magnifique premier album sorti en CD à 27 exemplaires, véritable œuvre d'art réalisée par l'artiste brésilienne Marja de Sanctis.


Abul Mogard

lundi 16 février 2015

Alphonse ALLAIS



"Alphonse Allais est un journaliste, écrivain et humoriste français né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados) et mort le 28 octobre 1905 à Paris.
Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes. Il est parfois considéré comme l'un des plus grands conteurs français.
[...]Poète autant qu'humoriste, Alphonse Allais a cultivé entre autres le poème holorime, c'est-à-dire constitué de vers entièrement homophones."

"Aidé, j'adhère au quai, lâche et rond, je m'ébats
Et déjà, des roquets lâchés rongent mes bas"


[...]Bien avant John Cage ou Erwin Schulhoff, il fut l'auteur de la première composition musicale minimaliste : sa Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd, page de composition vierge, parce que « les grandes douleurs sont muettes »."
(Source : Wikipedia)



Le châtiment de la cuisson infligé aux imposteurs

Chaque fois que les gens découvrent son mensonge,
Le châtiment lui vient, par la colère accru.
“Je suis cuit, je suis cuit !” gémit-il comme en songe.
Le menteur n’est jamais cru.
(Fables)



dimanche 15 février 2015

[A...] Soundz Projekt / Birdz#2 - La migration



"Et je sais encore ceci : je suis maintenant devant ma dernière cime, devant ce qui me fut réservé si longtemps. Hélas! il me faut aborder mon chemin le plus dur; hélas! me voici lancé dans mon voyage le plus solitaire!"
(F.W Nietzsche - Le Voyage et son ombre [1880]
)

Après la sortie du premier album d'[A...] Soundz Projekt, fin 2013, le label [A...]utoprod de Laurent Rauner sort en ce début 2015, un remarquable CD single, Birdz#2 - La migration.
Ceci inaugure une série de productions singulières dont VERS DU SILENCE se fera l'écho.
La démarche se veut vivante, dans une unité marquée, une identité indépendante.



Cette deuxième référence nous emmène du côté sauvage, au plus près de la Nature, avec des nuées aviaires.
Le vol migratoire des oiseaux est un ballet hors du temps telle la répétition de Birdz#2 - La migration.
Des variations, au fil de l'air, dans les courants aériens, sur une ligne bleue ou sous le crachin, s'invitent, tout en subtilité, dans ce voyage nuancé.
Le tempo s'installe comme pour indiquer la voie à suivre dans les couloirs menant aux rives réchauffées.
Ce titre, rêve éveillé, nous transporte sur un tapis volant, jusqu'à la source révélée.


[A...] Soundz Projekt
[A...]UTOPROD